Carrelage glissant

Souvenir de J. POULAIN

L’histoire se passe fin des années 60. Le club n’ayant pas de terrain propre, les entrainements avaient lieux au stade de Becel, stade multisport qui comptait un terrain de foot, d’où l’herbe avait disparue depuis longtemps, une piste d’athlétisme, un court de tennis, et des vestiaires partagés par tous les clubs. Jean Louis était le nouvel entraineur, et il s’attachait à nous faire faire beaucoup de fractionné, il voulait des joueurs en forme.

On était donc sur la partie athlétisme quand un gamin est venu nous prévenir qu’un pas tibulaire mais presque fouillait nos sacs… On était chaud pour le sprint, mais les plus rapides furent Gilbert Le Bouler (voir a la fin de l’article) et J Salayet, l’un avait sa première paie d’apprentis cuistot, en liquide, dans ses affaires, l’autre tous ses papiers et aussi du liquide.

Il y avait une bonne distance entre là ou nous nous entrainions, et le vestiaire, ce qui valu une arrivée en ordre dispersé. Quand il est arrivé bon dernier dans les vestiaires, (il était resté ramasser les ballons d’entraînement) Jean Louis a vu la scène suivante : un homme d’une trentaine d’années, assis par terre sous une des douches, le nez comme une fraise écrasée, les lèvres comme des limaces qui seraient rouges et coupées en 2, et pour finir le tableau, un filet d’eau qui continuait à lui couler sur la tête. Gilbert avait tellement l’air d’un innocent qu’on hésitait à soupçonner qu’il puisse être responsable des retouches faciales exécutées 5 mn auparavant sur cet homme dans les douches.

La police, prévenue par le gardien dont l’efficacité restait à prouver, arrive quelques minutes plus tard. Jean Louis, responsable du groupe, mais mal à l’aise sur l’intensité de la correction infligée au pickpocket . Aussi il essaya : « Ce monsieur a sûrement glissé sur le carrelage en venant prendre sa douche ! » et le policier de lui répondre : « Ne vous inquiétez pas, on sait ce que c’est, chez nous aussi le carrelage est glissant ! »

La morale de cette histoire nous est confiée par le pickpocket :

Gilbert était un ami, il a disparu trop vite, il s’est endormi au volant en revenant d’un travail qui le passionnait : cuisinier

Avec lui nous allions voir les finales du Championnat de France lorsque celles ci se déroulaient dans l’une des trois villes « Rugby », à savoir Toulouse, Bordeaux, Lyon. C’est dans cette dernière où, avant de nous plonger dans une nuit de fête ( car dans ces viles « moyennes , la masse des supporter des clubs finalistes met une ambiance avant et après match, qu’on ne retrouve plus à Paris) Gilbert avait prévu de mettre son costume de mariage, pour faire chic. Mais pris par l’ambiance, on a commencé le tour des bistros les plus typique, et le costume est resté dans la voiture… Une 4L. A notre retour, après avoir quitté Bernard Gauthier, qui avait été sélectionné pour représenter la Bretagne au concours du jeune Rugbyman, nous revenons à la 4L, La porte arrière avait été pliée à 90° ! Et bien sûr, plus de costume de mariage. Gilbert pressentait par avance l’accueil que lui réserverait sa femme et sa belle mère, au retour à Vannes. Par chance, si on veut, toutes deux aimaient beaucoup les animaux. Or sur la route du retour, nous avons « ramassé » une buse qui avait dû être heurtée par une voiture, et avait une aile cassée. J’ai donc été obligé, au lieu de le déposer simplement chez sa belle mère, de monter avec lui et avec la buse, pour en faire le maximum et distraire ces dames avec la buse, pendant, et je m’en souviendrais toujours, que ce grand gaillard costaud, en faisait des tonnes pour raconter un sauvetage de l’animal qu’il aurait entrepris avec la veste de son costume, et comme il faisait à moitié nuit, il y aurait aussi perdu son pantalon. Je n’ai malheureusement jamais su si, une fois parti, il a réussi sans mon faux témoignage, à faire passer son abracadabrante histoire. Une autre fois, avec Robert Maury, nous étions monté à Paris voir un France – Nouvelle Zélande. Gilbert, qui a l’époque travaillait comme déménageur, nous avait réservé une chambre dans un hôtel recommandé par un de ses copains: l’Hôtel Royal d’Aboukir. Impossible d’y dormir, s’allonger c’était s’offrir aux punaises de lit, et sans boules kies, et même avec, car l’escalier en bois faisait craquer les lits, et cet escalier menait aux chambres de demoiselles qu’un France All Blacks surchargeaient de travail ! Robert et moi on a pas dormi, lui il s’est endormi à peine arrivé, et il a fallu le réveiller le matin !C’était tout Gilbert, généreux et prêt à tout.

Publié par reneneve

Rugbyman passionné, éditeur du blog "wwww.depuisledebut.com", curieux et toujours à la recherche d'idées nouvelles, ouvert à toute collaboration "gagnant gagnant", je suis imprégné des valeurs de mon sport préféré, et de ses fondamentaux.

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